Dust bowl, une catastrophe écologique dans les années 1930

De 1932 à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, la région des Grandes Plaines dans le centre des États-Unis (Oklahoma, Colorado, Kansas, Texas et Nouveau-Mexique) –ainsi qu’une partie du Canada- fut sévèrement touchée par une série de spectaculaires tempêtes de poussière qui firent des dégâts considérables et ruinèrent un grand nombre de fermiers, dans un contexte économique déjà déprimé par la crise de 1929. Initié par la conjonction de facteurs climatiques (une succession de sécheresses exceptionnelles et de tempêtes sèches) et d’une activité agricole irréfléchie (mise en culture intensive d’énormes surfaces de prairies, érosion des sols due à un labourage inconsidéré), le phénomène prit progressivement de l’ampleur jusqu’à toucher 27 états. Les sols dénudés furent balayés par des vents violents –les Black Blizzards- qui disséminèrent les poussières sur des centaines de kilomètres, sous la forme de monstrueux nuages de particules minérales dont certains atteignirent les grandes villes de l’Est comme New York en mai 1934.

Carte du dust bowl dressée par le Natural Resources Conservation Services (https://www.nrcs.usda.gov/wps/portal/nrcs/detail/national/about/history/?cid=stelprdb1049437)

En avril 1935, un journaliste du Washington Evening Star, Robert Geiger, forgea le terme dust belt (ceinture de poussière), par analogie avec les qualificatifs des régions agricoles des USA (Corn Belt, Dairy Belt, …) pour désigner la zone géographique touchée par la sécheresse ; on y substitua rapidement  l’expression dust bowl (cuvette de poussière). On parla aussi de la décennie comme celle des « Dirty Thirties ». Cette catastrophe écologique, économique et sociale prit fin avec le retour de meilleures conditions climatiques et une politique volontariste mise en œuvre par l’administration Roosevelt dans le cadre du New Deal. Un documentaire de Ken Burns, réalisé en 2012, relate cet épisode et en propose un enseignement pour le présent (https://kenburns.com/films/dust-bowl/).

Le dust bowl dans les arts

Ce drame a suscité un certain nombre d’œuvres célèbres, comme « Les raisins de la colère » (The Grapes of Wrath) de John Steinbeck en 1939 (adapté au cinéma l’année suivante par John Ford). De célèbres clichés de Dorothea Lange, réalisés dans le cadre d’une mission officielle, figurent parmi les photographies les plus reproduites au monde (http://www.pbs.org/kenburns/dustbowl/photos/ ; http://www.historyplace.com/unitedstates/lange/). Le peintre Alexandre Hogue, qui fit partie du groupe artistique des Dallas Nine, réalisa dans les années 1930 plusieurs tableaux inspirées par la crise écologique, regroupées dans une série intitulée Erosion (https://dma.org/press-release/alexandre-hogue-erosion-series). En musique, c’est Woody Guthrie qui, dans son album Dust Bowl Ballads (1940), se fit le porte-parole des migrants climatiques (https://www.youtube.com/watch?v=N_ehYkr0NhU). On peut aussi trouver un écho traumatique des images du Dust-Bowl dans les premières séquences du film « Interstellar », décrivant une Terre desséchée et poussiéreuse, menacée par la famine (https://www.youtube.com/watch?v=MJ9v-0jC4lQ).

Pour en savoir plus :

  • Christophe MASUTTI : Les faiseurs de pluie. Dust bowl, écologie et gouvernement (Etats-Unis, 1930-1940), éd. Creative Commons, 2012.
  • Martine TABEAUD et Alexis METZGER : Alexandre HOGUE : peintre du « dust bowl » in Physio-Géo, vol. 11, 2017, p. 93-106, mis en ligne le 28 avril 2017, consulté le 01 mars 2021. URL : https://journals.openedition.org/physio-geo/5291

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