Valérie Solanas, radical-féministe

Valérie Jean Soranas est née le 9 avril 1936 à Ventnor City (New Jersey) et décédée le 26 avril 1988 à San Francisco, d’une pneumonie. Sa vie très rock and roll, comme une performance artistique qui exploserait les limites de l’exercice, à la manière d’Antonin Artaud, en a fait une icône underground pour certains.

Une enfance troublée

D’après ses dires, Valérie Solanas avait été abusée dans son enfance par son père puis, adolescente, battue par son grand-père qu’elle décrivait comme alcoolique et violent. Quoiqu’il en soit, elle se révéla très vite comme une enfant en proie à de grandes difficultés psychologiques, asociale à l’école et fugueuse, perturbée par le divorce de ses parents et le remariage de sa mère. Pendant quelques temps, elle fut confiée à ses grands-parents, avant de vivre avec sa mère à Washington D.C. A l’âge de 17 ans, elle aurait eu un enfant, dont la garde lui aurait été retirée. Elle suivit malgré tout des études de psychologie à l’Université du Maryland puis à l’Université du Minnesota, effectuant des petits boulots, entre autres comme manipulatrice dans un laboratoire de recherches sur les animaux. Assumant très tôt son homosexualité, elle tomba amoureuse, à l’université, d’une fille baptisée Cosmogirl.

Radicalement féministe

Entre 1965 et 1967, Valérie Solanas écrivit son fameux SCUM Manifesto, violent pamphlet anti-masculin, proposant la création de la Society for Cutting Men (dont SCUM est l’acronyme) et préconisant l’élimination des mâles. Le terme scum, dans la langue anglaise, signifie également rebut ou crasse. Le manifeste de Valérie Solanas, d’abord reproduit artisanalement et diffusé dans la rue par l’auteure elle-même en 1967, fut publié l’année suivante par la maison d’édition française de Maurice Girodias, Olympia Press, réputée pour l’édition de textes sulfureux d’auteurs anglo-saxons. Solanas ne tarda pas à se brouiller avec Girodias et à contester la version publiée.

Couverture du fameux manifeste du SCUM

« La vie dans cette société, étant au mieux d’un ennui total et aucun aspect de cette société ne concernant les femmes, il ne reste plus aux femmes  à l’esprit civique, responsables et aventureuses, qu’à renverser le gouvernement, éliminer le système monétaire, instaurer l’automation complète et détruire le sexe masculin. Il est maintenant techniquement possible de se reproduire sans l’aide des hommes (ou d’ailleurs sans l’aide des femmes) et de produire uniquement des femmes. Nous devons commencer à le faire immédiatement. Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, c’est-à-dire un ensemble incomplet de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme incomplète, une fausse couche ambulante, avorté au stade du gène. Etre mâle c’est être défectueux, émotionnellement limité. »

Valérie Solanas, prologue du SCUM Manifesto, 1968

Solanas et Wharol

Arrivée à New York au milieu des années 1960 pour y mener une carrière artistique, elle y vécut une vie de zonarde et de toxico, fréquentant les milieux LGBT et subsistant grâce à la mendicité et la prostitution. A cette époque Andy Warhol et sa Factory jouissaient d’une aura incontournable dans le milieu de la contre-culture et attiraient toute une flopée de marginaux. Valérie Solanas confia à Andy Warhol le manuscrit de sa pièce de théâtre Up your Ass (dans ton cul) –une sorte d’autoportrait- en espérant qu’il l’aiderait à la produire mais n’obtint aucun soutien effectif de Warhol, qui aurait perdu le texte. En compensation, Warhol lui confia le rôle d’une des huit femmes de son film I, a Man (tourné en juillet 1967), au côté de Nico et d’Ultra Violet (Isabelle Collin Dufresne), puis un rôle de figuration dans Bike Boy (tourné un mois plus tard), ce qui n’empêcha pas Solanas de continuer à harceler Warhol. Quelques mois plus tard, le 3 juin 1968, convaincue d’être victime d’une conspiration, elle tira sur Warhol et sur deux autres personnes à la Factory, 33 Union Square West. Warhol fut sérieusement blessé d’une balle dans le ventre et porta jusqu’à sa mort les séquelles psychologiques et physiques de l’attentat ; de célèbres photos prises par Richard Avedon en août 1969 montrent la cicatrice en Y striant le torse d’Andy, comme une marque d’infamie masculine préméditée par son assassine. Valérie Solanas, pour sa part, acclamée par quelques féministes comme Ti-Grace Atkinson, accédait à son quart d’heure de célébrité internationale, semblant confirmer la prophétie wahrolienne.

A l’issue de son procès, Valérie Solanas fut diagnostiquée schizophrène paranoïde et internée jusqu’en 1971. Peu après sa libération, elle fut de nouveau arrêtée pour avoir menacé Andy Warhol puis fréquenta épisodiquement divers établissements de soins mentaux. Elle tomba ensuite dans l’oubli jusqu’à sa mort misérable, peu après son 52e anniversaire et un peu plus d’un an après la disparition d’Andy Warhol.

Solanas et le cinéma

En août 1976, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig, deux figures importantes du militantisme féministe, ont produit Scum manifesto, un documentaire de 28 mn, dans lequel l’actrice lit le livre de Solanas, face à la réalisatrice qui tape sur une machine à écrire durant la première moitié du film tandis qu’en arrière-plan un petit téléviseur diffuse les informations de TF1 ; dans les dernières minutes les deux femmes s’interrompent et regardent les actualités télévisées dont le son devient audible (https://vimeo.com/72825633).

Dans le film I shot Andy Warhol , sorti en 1996 et réalisé par la canadienne Mary Harron (American Psycho), le rôle de Valérie Solanas est tenu par Lili Taylor, Jared Harris interprétant Andy Warhol. La série American Horror Story : Cult a ressorti Valérie Solanas de l’oubli une nouvelle fois en 2017, en la mettant en scène dans le 7e épisode de la 7e saison (Valerie Solanas Died for Your Sins : Scumbag), sous les traits de Lena Dunham.

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